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Irène Delse anime un blog formidable pour qui s'intéresse à la vie des auteurs: on y découvre des statistiques sur sa production, la contribution de son chat à son inspiration, des réflexions sur l'avenir de l'édition... J'ai donc voulu en savoir un peu plus...
1/Pourrais-tu nous présenter ton parcours d’auteur ?
Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours "raconté des histoires" dans ma tête. Enfant, j'étais plutôt tournée vers le dessin, et j'ai commencé par dessiner les personnages et les mondes imaginaires où j'aimais à m'évader. Puis, vers 13 ou 14 ans, j'ai réalisé que j'avais plus de talent pour les mots que pour les images, et j'ai commencé à écrire pour moi-même (jusque-là, j'avais seulement fait des rédactions à l'école, bien sûr).
Depuis, je n'ai jamais vraiment arrêté. Quand j'étais lycéenne, puis étudiante, j'ai beaucoup expérimenté (poésie, débuts de romans, contes…), lu de la critique littéraire, je me suis intéressée un temps à l'édition et même fait quelques stages. En parallèle, j'ai commencé à envoyer des textes à des revues.
Ma première nouvelle publiée l'a été dans une revue amateur de SF et fantastique, Poivre Noir (qui n'existe plus aujourd'hui). Pendant plusieurs années, les choses en sont restées là : j'écrivais des textes courts, qui étaient parfois publiés dans des supports assez confidentiels. J'avais des projets de romans dans la tête, des projets ambitieux, mais je crois que je n'osais pas vraiment m'y lancer. Je continuais à m'intéresser à l'écriture et aux livres, participant à des groupes de discussions au sujet de la SF et de la fantasy, en particulier de J. R. R. Tolkien.
Et puis au début de l'année 2000, je me suis dit que c'était le moment où jamais. J'ai pris une profonde inspiration, je me suis assise devant mon ordinateur et j'ai commencé sérieusement à écrire un roman. Ce fut L'Héritier du tigre. Il m'a fallu trois ans pour le terminer, et deux autres années pour trouver un éditeur. J'ai même commencé à tenir un blog en désespoir de cause, en me disant que si je me faisais connaître, je trouverais plus facilement à me faire éditer…
En fait, cela n'a pas énormément joué. J'ai trouvé le Navire en Pleine Ville sur Internet, j'ai envoyé mon manuscrit par courriel… et l'éditrice m'a rappelé au bout de quelques jours. Je n'avais pas songé au départ à publier chez un éditeur de livres jeunesse, mais cela s'est finalement assez bien trouvé, puisque les aventures de mon héros peuvent intéresser aussi bien les adolescents que les adultes. Le livre est paru en mai 2006. Depuis, j'ai publié quelques nouvelles, entendu beaucoup de critiques positives, pas vendu vraiment autant que je ne l'aurais espéré… Mais j'ai tout récemment terminé un autre roman, qui devrait aussi sortir chez le Navire. L'aventure continue.
2/Tu publies chez un éditeur, mais aussi chez Lulu : c’est un choix ou une contrainte extérieure ?
Les deux, un choix et une nécessité. Le choix, parce que je voulais tenter l'aventure, voir par moi-même ce que cela impliquait d'être son propre éditeur. (Verdict : c'est un métier très différent de celui d'auteur !) Et puis la nécessité, parce que publier un recueil de nouvelles aujourd'hui quand on n'est pas déjà un auteur reconnu, c'est quasiment impossible.
3/Tu écris beaucoup sur ton blog sur les nouvelles technologies autour du livre (POD, ebook…) : penses-tu que l’édition française va anticiper les bouleversements, ou rater le coche ?
Anticiper ? Non, il est déjà trop tard pour cela. Surtout pour les livres électroniques, où les éditeurs français sont en retard par rapport aux éditeurs anglo-saxons. Mais ce ne sont pas seulement les éditeurs, c'est toute l'industrie du livre qui se retrouve en ce moment à la croisée des chemins. Cela fait une dizaine d'années que la question des livres électroniques revient périodiquement chez nous, avec chaque fois de beaux projets…
Qui se heurtent à la faiblesse du catalogue de titres en français, ou à une stratégie trop frileuse des éditeurs (des fichiers tellement protégés par DRM qu'il est quasiment impossible de les lire), ou à la difficulté de trouver dans le commerce des liseuses électroniques facile d'emploi, à des prix raisonnables. Aujourd'hui, la technologie est là : le fameux e-paper ou papier électronique permet des appareils de lecture plus agréables aux yeux et d'une plus grande autonomie (grâce à la faible consommation d'énergie).
De plus, le procédé a déjà plusieurs années et il évolue très vite, donc les prix baissent et vont encore baisser. Mais il a fallu attendre 2008 pour que des magasins culturels ou hi-tech commencent a les proposer : la Fnac pour le Sony PRS, Virgin pour le Cybook, etc. Du côté des éditeurs, le catalogue électronique de textes récents en français reste minime par rapport à l'ensemble des livres publiés. Bref, je pense que les éditeurs français (et aussi les libraires, les distributeurs, etc.) ont encore du chemin à faire pour simplement suivre le mouvement…
4/On sent un mépris de l’édition traditionnelle pour les auteurs indépendants, qui amalgame tout indistinctement : autoédition, compte d’auteur, imprimerie se substituant à l’éditeur… As-tu été confronté à ce mépris ?
Oui, mais pas vraiment du fait des éditeurs… Plutôt d'autres auteurs ! Surtout s'ils confondent autoédition avec compte d'auteur, et s'imaginent que j'ai autoédité mon recueil de nouvelles parce qu'elles avaient été refusées. (Alors que c'est une seconde publication pour des textes parus auparavant dans des revues.) Il y a juste une éditrice, Stéphanie Nicot (du temps où elle s'occupait encore de la revue Galaxies), qui a critiqué ce choix "non professionnel"… Mais plutôt parce qu'elle pensait que ce serait mauvais pour ma carrière et que j'aurais dû viser plus haut.
5/Tu laisses transparaître une sensibilité politique dans ton blog. Pourquoi ?
Je ne fais pas mystère de mes convictions politiques, en effet. Je mets sur mon blog toutes sortes de choses qui m'intéressent, qui me font réagir ou qui me semblent utiles. Les idées sur la politique en font partie. Je ne pense pas, de toute façon, qu'il y ait une ligne de démarcation entre la sensibilité politique et le reste de l'activité intellectuelle. Une bonne partie de ce que j'écris est sous-tendue par mes convictions philosophiques ou éthiques, et ces idées ont aussi des implications dans la politique, si on prend ce mot au sens large : la vie dans la Cité, dans la société.
6/Tu es plutôt dans une mouvance de littérature de genre (fantastique/SF pour faire court). Quelle est la situation pour les auteurs dans ce secteur ?
Compliquée. Je disais récemment sur mon blog que la littérature de genre se vendait mal en France (sauf quelques rares exceptions) et n'y était quasiment pas reconnue par la critique lorsqu'elle restait cantonnée sous une étiquette de genre, mais que des livres de SF ou de fantasy publiés en dehors de ce cadre pouvaient faire de très belles carrières. Surtout sur le plan commercial : voir Dan Brown, Marc Lévy, Houellebecq, Bernard Werber, Jean-Christophe Rufin… Leurs livres sont souvent adaptés au cinéma et il n'est pas exclu qu'ils reçoivent des prix littéraires généralistes. Alors que l'écrivain de "genre" typique est inconnu du grand public, gagne plus grâce aux interventions en milieu scolaire qu'en droits d'auteur et concourt pour des prix obscurs, qui n'intéressent vraiment que 200 personnes en France. Il ou elle a bien sûr un second métier pour payer son loyer et écrit durant les week-ends et les vacances, tout en espérant enfin percer, avec so
n prochain roman, la barre des 1000 exemplaires vendus !
7/C’est important, un gros chat, dans la création littéraire ? :-)
Gros, je ne sais pas, mais chat, oui. Du moins pour moi…
8/Tes projets ?
Actuellement, j'attends le verdict de l'éditeur sur mon deuxième roman. Selon sa réaction, il y aura plus ou moins de travail pour préparer la publication, mais cela devrait se faire dans la première moitié de 2009. Sinon, je travaille sur une nouvelle de science-fiction que j'espère terminer avant le 31 décembre, afin de l'envoyer à Serge Lehman pour l'anthologie Escales 2010, prévue en 2009 chez Denoël. (Je suis pessimiste quant à mes chances : le niveau est élevé. Mais qui ne risque rien n'a rien.) Et puis bien sûr, il y aura la rédaction d'un troisième roman du cycle de Shalinka ! J'ai déjà le sujet en tête. Plus qu'à s'atteler au traitement de texte…
9/Cinq sites ou blogs indispensables pour un auteur ?
Seulement cinq ? Aïe… Bon, lançons-nous :
Lexilogos (portail de ressources sur la langue) : http://www.lexilogos.com/
La Feuille (enjeux et développements de l'édition électronique) : http://lafeuille.homo-numericus.net/
Marc Autret (observateur critique de l'édition, de la presse, du web) : http://marcautret.free.fr/
Noosphère (tout sur les genres de l'imaginaire) : http://www.noosfere.com/
Bibliobs (portail et communauté interactive sur le livre et l'édition) : http://bibliobs.nouvelobs.com/
Et je pourrais aussi en citer bien d'autres : les blogs La Lettrine, Papier électronique, teXtes ; les sites spécialisés Quarante-deux.org, ActuSF…
10/Le mot de la fin ?
La vie est un livre qu'on lit pour la première fois et dont les pages se consument au fur et à mesure qu'on les tourne.