Nicolas Sconza est traducteur et vit à Berlin. Je vous avais déjà signalé son blog http://colin.zonska.over-blog.com (que je vous recommande), et il a très gentiment accepté de répondre à mes questions.
Un premier exemple d’un professionnel vivant de l’écriture en dehors de l’édition traditionnelle et du roman, et de l’idée que l’on s’en fait.
Tu es traducteur : te considères-tu juste comme un prestataire de service, ou aussi comme un auteur ?
ça dépend quel type de traduction on fait. Si c'est des notices d'utilisation ou de vrais magazines. Dans mon cas, c'est réellement du travail d'auteur car, même s'il s'agit d'un magazine spécialisé, il y a un style presse à respecter au fil des pages pour que le lecteur ne puisse déceler la traduction, ce qui est loin d'être une mince affaire. Le magazine aborde aussi des époques et des sociétés plus anciennes par l'intermédiaire des modèles Mercedes-Benz de collection. Comprendre ce que l'auteur a voulu dire, l'intégrer, le digérer et le restituer en se mettant à la place du lecteur pour lequel le tout doit être cohérent et harmonieux. En somme un vrai travail d'auteur. Essayez de faire traduire ce style de texte par des logiciels de traduction très poussés et vous verrez le résultat !
Tu vis à Berlin : tes impressions ?
Une ville incroyable qui n'en finit toujours pas de m'étonner même après presque trois ans. Une capitale en mouvement, en changement perpétuel. Ce sont encore les meilleures années car les quartiers changent beaucoup, se développent. Une capitale encore très accessible au niveau prix, ce qui signifie que de nombreux projets professionnels et personnels y sont possibles là où d'autres ne pourraient qu'en rêver dans d'autres capitales européennes bien plus onéreuses (Londres, Paris, Barcelone…).
Pourquoi tenir un blog ?
Une envie de partager ce que je vis à Berlin, de mieux faire connaître cette ville et plus largement la culture allemande. Les Français ont encore beaucoup de préjugés liés à un passé chargé. L'Allemagne ne correspond plus du tout à l'Allemagne des années 1930 et 1940, à l'image populaire et caricaturale transmise par les comédies françaises par exemple. J'ai envie de bousculer les clichés.
La vie littéraire en Allemagne ?
Très riche, beaucoup moins "prout prout" et people que chez nous en France où les gens pensent appartenir à une caste privilégiée dès lors qu'ils ont publié un livre, même médiocre ,sans parler de ceux qui ont l'honneur de passer à la télévision. Beaucoup de lectures ("Lesung") dans les librairies suite aux parutions. Des salons littéraires comme le Buchhändlerkeller (cf. http://colin.zonska.over-blog.com/article-6519740.html) à Berlin sont des initiatives remarquables. Les Allemands lisent en général beaucoup plus que les Français. Une ouverture d'esprit sur le monde qui manque beaucoup à nos compatriotes parfois nombrilistes et autarciques. La presse papier n'est par exemple pas autant en crise que chez nous.
Les auteurs français, comment sont-ils perçus en Allemagne ?
Ils ont souvent beaucoup de succès. Contrairement à la réputation des Allemands en France, les Français bénéficient d'une image plus flatteuse en Allemagne. Anna Gavalda, Fred Vargas sont par exemple assez connues.
Tu publies bientôt une nouvelle en français chez un éditeur allemand : comment as-tu fait ?
J'ai spontanément proposé un manuscrit. Dans mon cas, le livre, en collection jeunesse, s'adresse à des jeunes Allemands ayant appris et/ou apprenant le Français. Moins d'obstacles que dans le sacro-saint monde français de l'édition qui fonctionne beaucoup par relations, très lié aussi aux médias, beaucoup de "pistons" contre échange d'une bonne presse, ce qui n'a plu rien à voir avec la littérature.
T’intéresses-tu à l’édition indépendante (autoédition, impression à la demande, blog, ebook…) ?
De par mon blog, je m'intéresse en ce moment davantage à l'édition en ligne qui atteint beaucoup de lecteurs et aux possibilités de créer un site Internet à l'allure plus professionnelle. Mais petit à petit, c'est ma devise.
Tes projets ?
Continuer à écrire, traduire et publier. Envoyer des manuscrits à des maisons d'édition françaises que j'estime (il y en a !) et pourquoi pas être aussi publié en France, le pays d'où je viens et auquel je demeure attaché.





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