Dimanche après-midi, vide grenier à Gambetta : néopauvres, bobos, babas, immigrés rigolards, gaulois déprimés, bref plein de monde, et plein de bouquins soldés. Bonne occasion de compléter sa bibliothèque, et de limiter la casse au niveau du porte-monnaie.
Premier truc : Il est des nôtres, de Laurent Graff. Couverture rigolote mais très très kitsch. Bon, à 1 € plutôt que 13,56 (sic !), on peut tenter le coup.
Typo et mise en page splendides, très aérées. Beau papier.
En rentrant à la maison, on tape son nom sur Google, on lit des interviews, il cite Delerm, Houellebecq, super. Parle de ces petits romans franchouilles sans transcendance, et oppose son travail à cet ennui. Ouais !
On commence à lire, style simple, avec des "on" à chaque phrase. Description méticuleuse du quotidien d'un employé de bureau. Bien glauque. Bien gris. On attend le début de l'histoire, il n'y en a pas. Le "récit" s'arrête page 77. Ouf ! Suivi de trois autres textes sans grand intérêt, variations sur le même thème. On dirait du Robbe-Grillet branchouille et vaguement rigolo, sans l'emphase mais aussi sans la fantaisie ou la virtuosité de l'autre escroc.
On se dit, ça ressemble à un téléfilm raté sur Arte, ou à la première d'une création contemporaine dans une scène nationale, ou encore à une comédie française avec Gad machin : dix minutes d'excitation, et puis tout s'effondre, pas de rythme, de fantaisie, d'ouverture au monde, d'émotion, de transmission, rien qu'une grisaille pénible et répétitive. Je sais bien qu'il va nous dire que c'est l'effet qu'il voulait produire, mais quand même… Qui lirait cela si c'était en autoédition ?
Bref, beau travail d'écrivain, maîtrisé, vachement malin, vachement distancié, mais bide total : bienvenue dans la littérature parisienne !
photo: rochelle, et. al.